« Attention, ce Champagne apporte bien-être au corps et à l’esprit. » C’est écrit noir sur blanc sur chacune des bouteilles de Sébastien Mouzon, et ça résume à peu près tout ce que j’ai envie de vous raconter sur lui.

La première fois que je suis monté à Verzy, sur ce petit bout de Montagne de Reims classé Grand Cru, c’était une semaine avant l’ouverture de Maison Wino. Sébastien nous a reçus sous la jolie enseigne en fer forgé « Champagne Mouzon » qui orne sa façade, et il n’a pas commencé par nous parler de ses champagnes.

Il a posé sur la table une vraie pile de cailloux, des blocs de craie et de silex arrachés à ses propres parcelles, qu’il connaît par cœur comme s’il les avait tous ramassés un par un. Ce qui est probablement le cas.


Il nous a expliqué que ce sous-sol, entre craie tendre et silex dur, est la vraie colonne vertébrale de ses vins. Et il nous a raconté que cette même connaissance du terrain lui avait servi d’argument, quelques années plus tôt, pour convaincre ses parents de le laisser reprendre le domaine à sa manière. Plutôt que de s’opposer à eux, il a passé une année entière à croiser les informations et à rédiger un dossier de 100 pages pour leur exposer sa vision, terroir et économie mêlés. Le volet économique s’appuyait sur un livre de géopolitique, Le Dessous des cartes, qui montrait que les produits utilisés sur les vignes venaient des mêmes grands groupes pétrochimiques partout dans le monde. La solution ? Arrêter pour qu’aucun euro supplémentaire ne tombe dans les caisses de cette industrie : un argument qui a visiblement pesé plus lourd auprès de son père que le seul argument environnemental. Sa conclusion, quand il nous en parlait, tenait en trois mots : « Ils m’ont suivi. » Sébastien n’a rien d’un décroissant qui aurait tout plaqué sur un coup de tête : c’est un vigneron qui a construit sa conviction comme on prépare un dossier solide, point par point.
Qui sont-ils
Le domaine appartient à la famille Mouzon depuis 1776, une lignée de vignerons à Verzy que j’ai vue résumée sur une vieille photo accrochée dans leur cave : quatre générations réunies sur un même cliché, l’arrière-grand-père, le grand-père, le père Philippe, et un bébé dans ses bras. Ce bébé, c’est Sébastien, qui est en réalité la neuvième génération de la famille à travailler la vigne à Verzy.

Il revient au domaine au début des années 2000, après ses études viticoles en Bourgogne, et travaille plusieurs années aux côtés de son père en viticulture conventionnelle. Le vrai tournant a lieu en 2008. Cette année-là, c’est lui qui gère pour la première fois les achats de produits phytosanitaires, et il réalise qu’une poignée de grands groupes chimiques se partagent l’essentiel du marché, quelle que soit l’étiquette sur le bidon. Une rencontre avec le vigneron alsacien Pierre Frick, déjà engagé en biodynamie depuis longtemps, achève de le convaincre de franchir le pas.
C’est cette conviction qui le mène à écrire le dossier dont je parlais plus haut. Au même moment, son père prend sa retraite et lui laisse les clés du vignoble. Il engage alors la conversion de la totalité des parcelles dès 2008. Il faudra environ cinq ans aux sols et aux vignes pour retrouver un vrai équilibre. Le domaine obtient la certification agriculture biologique en 2011, suivie de près par la certification Demeter. Changer aussi radicalement de style de vin l’a obligé à se reconstruire une toute nouvelle clientèle, différente de celle de ses parents : un vrai pari, qu’il a manifestement gagné.
Comment ils travaillent
Les huit hectares du domaine sont plantés à Verzy même, sur un sol qui alterne craie et silex, une particularité du village par rapport à ses voisins de la Montagne de Reims. L’exposition nord donne des raisins qui mûrissent lentement, avec une acidité et une tension qu’on retrouve directement dans le verre. Sébastien cultive les sept cépages traditionnels de Champagne, y compris l’Arbane et le Petit Meslier, deux variétés quasiment disparues qu’il tient à préserver.

C’est entre 2008 et 2010 que Sébastien découvre concrètement cette dimension-là de son métier, lors de trois séjours d’un mois passés au Sénégal aux côtés de l’association de Pierre Rabhi. Ce n’est pas là qu’il décide de passer en biodynamie, la décision était déjà prise, mais c’est de ces séjours qu’il rapporte une vision de la vigne comme un écosystème plutôt qu’une monoculture. Cette vision l’a mené bien au-delà du simple cahier des charges bio. Sébastien aime rappeler que son travail n’a rien du « bio cool » : il revendique un « bio géré », aussi rigoureux qu’un domaine conventionnel, et il n’a pas plus de maladies de vigne que ses voisins. Plus de 1500 arbres et arbustes ont été plantés au milieu des rangs de vigne, accompagnés de 800 pieds de plantes aromatiques comme le thym, l’origan ou la sarriette. L’hiver, une vingtaine de poules et deux coqs viennent pâturer sur une partie des parcelles, où ils aèrent le sol et le fertilisent naturellement.

Sébastien assume la logique jusqu’au bout : les poules finissent par être mangées, ce qui ne lui était pas facile au début, mais il y voit une boucle cohérente avec sa vision du domaine comme un petit écosystème. Il travaille aussi certaines parcelles au cheval plutôt qu’au tracteur, pour ne pas tasser les sols, et replante peu à peu ses vignes avec sa propre sélection massale plutôt qu’avec des clones du commerce.

En cave, la philosophie reste la même. Les fermentations démarrent avec un levain préparé maison à partir de ses propres raisins, sans levure de laboratoire. Les vins vieillissent en fûts de chêne déjà utilisés, jamais neufs, et la malolactique n’est jamais bloquée puisqu’il ne sulfite quasiment pas, même au pressurage. Les dosages restent très bas, souvent nuls. Le rosé, L’Incandescent, est vinifié par une courte macération des peaux plutôt que par un simple assemblage de rouge et de blanc.
Chaque année, Sébastien se permet aussi un essai hors gamme, une cuvée éphémère pour se remettre en question et s’amuser un peu. Plusieurs années après notre première visite, il nous en a envoyé une bouteille avec ses vœux de nouvelle année : un vin orange, un vrai ovni pour la Champagne, une région où ce style n’existe quasiment pas. Tiré à 285 exemplaires seulement et vieilli 42 mois en fût, sous l’appellation Coteaux Champenois qui désigne les vins tranquilles de la région. Ce genre de geste en dit long sur la maison.
Pourquoi je les ai sélectionnés
J’ai sélectionné Mouzon Leroux parce que c’est exactement le genre de champagne que j’ai envie de proposer à la cave : un champagne pensé et vinifié du début à la fin par la même personne, sur un seul terroir qu’il connaît dans les moindres détails, sans jamais acheter le moindre raisin à l’extérieur. Sébastien n’a pas de compte Instagram, pas de service marketing, il envoie encore ses vœux de nouvelle année par la poste. Ça se sent dans la bouteille : on est loin du goût lissé des grandes marques, et beaucoup plus proche d’un vin vivant, avec du relief et une vraie personnalité d’une année sur l’autre.
Son parcours en dit long sur sa trajectoire. Plusieurs de ses cuvées, dont L’Angélique et L’Ineffable, ont porté la mention Spécial Club, réservée aux membres du Club Trésors de Champagne, la plus ancienne association de vignerons indépendants de la région, où chaque cuvée candidate passe deux dégustations à l’aveugle devant un jury d’œnologues. Sébastien s’y est frotté pour se faire reconnaître par les pairs les plus exigeants de la Champagne traditionnelle. Une fois cette reconnaissance acquise, il a choisi d’arrêter, pour affirmer plus clairement son appartenance à la mouvance du vin nature plutôt qu’à celle des grandes institutions champenoises. C’est dans cette logique qu’il participe aujourd’hui aux Pénitentes, la dégustation historique du vin nature à Angers, où je le retrouve chaque année pour goûter ses derniers millésimes.

Les cuvées
L’Atavique
Brut Nature — assemblage pinot noir et chardonnay
La cuvée signature du domaine, assemblage de plusieurs parcelles à dominante pinot noir et chardonnay. Le nom n’a rien d’un hasard : « atavique » évoque l’hérédité, et Sébastien l’a choisi parce qu’il incarne lui-même la 9e génération de vignerons de la famille.
L’Angélique
Blanc de blancs
Vient des parcelles de chardonnay plantées sur les silex de Verzy.
L’Ineffable
Blanc de noirs
Exprime le pinot noir cultivé sur les sols plus argileux du domaine.
L’Incandescent
Rosé de saignée
Issu d’une courte macération des peaux de pinot noir, plutôt qu’un simple assemblage de rouge et de blanc.
Les Fervins
Cuvée parcellaire — les sept cépages de Champagne
Une cuvée parcellaire à part, issue d’une seule vigne qui réunit à elle seule les sept cépages traditionnels de Champagne.
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Expédition partout en France — 24,90 € jusqu’à 6 bouteilles, 35,90 € jusqu’à 12, 59,90 € jusqu’à 18, 69,90 € jusqu’à 24, 104,90 € au-delà. Offerte à partir de 350 €. Colis en emballage certifié, assurance casse incluse.
Retrait à la cave — gratuit, à Louveciennes (78). Je vous contacte dès que c’est préparé.
