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Maison Wino : pourquoi et comment ?

Il y a quelques années, alors que ma vie professionnelle se partageait entre la photographie et les études de marché, un voisin m’a offert une bouteille de chez Dard et Ribo. Je l’ai ouverte sans y penser, et là, révélation. Je n’avais jamais bu quelque chose d’aussi vivant, et je ne comprenais pas pourquoi personne ne m’en avait parlé avant.

C’est un peu bête à dire, mais tout est parti de là. J’ai passé les mois suivants à chercher d’autres bouteilles comme celle-là, puis à chercher les gens qui les faisaient, et de fil en aiguille j’y ai passé des soirées, des week-ends et même des vacances. En 2017, fini le marketing : j’ai ouvert Maison Wino, avec l’idée, un peu déraisonnable, de faire boire des vins vivants à la terre entière.

Sous le nom de Nico Wino, je continue de raconter mes découvertes sur les réseaux. Un peu moins qu’avant, parce que gérer ceux de la boutique me prend déjà du temps, mais le programme n’a pas changé : ne pas s’arrêter tant que je n’aurai pas tout goûté.

Nicolas Demarty, caviste, dans la cave Maison Wino à Louveciennes

Ce que je choisis, et pourquoi

Quand on me demande ce que je vends exactement, je réponds toujours la même chose : ici, il n’y a pas de chimie dans la cave. Le reste en découle.

Ça commence dans la vigne, parce qu’un vin ne peut pas être propre si le raisin ne l’est pas. Donc pas de produits phytosanitaires, et une culture biologique au minimum, certifiée quand c’est possible. Parfois la certification n’est pas là alors que le raisin est sain, et dans ces cas-là c’est moi qui m’en porte garant, parce que je suis allé voir comment le vigneron travaille. C’est tout l’intérêt de se déplacer plutôt que de commander sur catalogue.

Ça continue au chai, et c’est là que le mot naturel prend vraiment son sens. Un raisin bio peut très bien finir en vin fabriqué, à coups de levures sélectionnées, d’enzymes et de corrections. Je ne veux pas entendre parler de ces vins-là. En particulier, pas de levures exogènes : le vin fermente avec ses propres levures ou il ne rentre pas en rayon. Ça n’est jamais arrivé qu’une bouteille y déroge, et si ça devait arriver un jour pour une raison qui en vaille la peine, ce serait écrit sur la fiche et expliqué de vive voix.

Dernier critère, moins technique et pourtant tout aussi important : ma sélection s’est construite au fil des rencontres, pas à partir d’un plan de gamme. Je ne cherche pas à cocher toutes les régions pour avoir une carte complète, et je préfère assumer les trous. Le vin doit être aussi bon que l’humain qui le fait. Ça paraît sentimental, mais à l’usage c’est le critère le plus fiable que je connaisse.

Le vin, que du raisin ?

C’est la question que tout le monde pose devant le rayon, et celle à laquelle les étiquettes répondent mal. La différence entre un vin conventionnel, bio, biodynamique ou naturel ne tient pas à des adjectifs sur une contre-étiquette. Elle tient à une chose très concrète : ce qu’on a le droit d’ajouter dans la bouteille.

Et parce qu’une liste d’intrants vaut mieux qu’un long discours, j’utilise cette infographie tous les jours en boutique. Regardez simplement la longueur des colonnes !

Comparatif des intrants autorisés à la vinification et des seuils de sulfites entre vins conventionnel, bio, biodynamique et naturel

Produits et pratiques autorisés à la vinification SO2 total admis (mg/l)
Conventionnel Une cinquantaine d’intrants et de procédés : acides correcteurs, levures sèches actives, enzymes, collages, gomme arabique, copeaux de chêne, osmose inverse, flash-pasteurisation, résines échangeuses de cations, PVPP… 150 rouge / 200 blanc
Bio La même liste, sérieusement raccourcie, mais où l’on trouve encore levures sèches actives, préparations enzymatiques, collages, moûts concentrés et copeaux de chêne 100 rouge / 150 blanc
Biodynamie Albumine d’œuf, anhydride sulfureux, bentonite, charbon œnologique, microfiltration tangentielle, saccharose 70 rouge / 90 blanc
Naturel Anhydride sulfureux, et rien d’autre 30, rouge comme blanc

Ce qui frappe en regardant ces colonnes, c’est que le bio encadre surtout le travail de la vigne. Au chai, il autorise encore beaucoup de choses, dont les levures sélectionnées qui donnent à tant de vins ce même goût reconnaissable d’une région à l’autre. C’est précisément ce qui me dérange, et c’est pour ça que la certification bio n’est pas une fin en soi.

La dernière colonne renvoie au label Vin Méthode Nature, apparu depuis que j’ai dessiné la première version de ce document, et qui a le mérite de poser enfin une définition écrite. Il existe en deux niveaux : moins de trente milligrammes de sulfites par litre, ou aucun sulfite ajouté du tout. C’est un vrai progrès. Cela dit, beaucoup d’excellents vignerons continuent de s’en passer, et je les comprends : un label garantit un cahier des charges, jamais une intention. C’est aussi pour ça que je tiens à connaître les gens.

Comment je travaille

Rien de tout ça ne tiendrait si je me contentais de lire des fiches techniques. Alors je goûte tout : aucune bouteille n’entre en rayon sans que je l’aie goûtée, ce qui est à la fois le travail le plus agréable du métier et le plus sérieux.

Et je vais voir les gens. Chez eux quand je peux, sur les salons au minimum. C’est ce qui me permet de me porter garant de ceux qui n’ont pas de certification, et c’est aussi ce qui donne sa cohérence au rayon : je ne vends que des vins de vignerons que je connais.

Équipe des vendanges réunie dans les vignes

Quelquefois je reste pour les vendanges, moins pour la photo que pour comprendre ce qui se joue à ce moment-là. Et avec certains, on est allés plus loin encore : on a élaboré ensemble des cuvées qu’on ne trouve nulle part ailleurs.

Découvrir nos cuvées collab, avec Inebriati et Les Maoù →

L’histoire de la maison

Maison Wino n’a pas commencé seule. Je l’ai fondée en 2017 avec Benoit Toussaint.

Benoit, c’était le mec du marketing. Pharmacien de formation, passionné de vin depuis toujours, il avait consacré sa thèse au vin et à la santé. Sa première rencontre avec un vin vivant s’est produite sans qu’il le sache, avec la cuvée Les Milans de Vincent et Marie Tricot. Entre une sœur vigneronne et un frère brasseur artisanal, il en fallait bien un pour tout faire déguster : de là est née Maison Wino.

Après huit ans côte à côte, Benoit a dû, à contrecœur, repartir travailler dans son ancien secteur au printemps 2025. C’est donc moi que vous trouvez aujourd’hui à la boutique, du mercredi au samedi. Son nom reste sur nos cuvées collab, et ce n’est pas un hasard.

Un passage chez Raisin

À l’ouverture de la cave, j’ai rejoint bénévolement l’équipe de Raisin, l’application qui recense les adresses du vin naturel dans le monde entier. J’y suis resté trois ans, jusqu’à ce que la boutique me prenne tout mon temps.

On y faisait tous un peu de tout : référencer les établissements, écumer les salons à la rencontre des vignerons, tenir le stand pour faire connaître l’application. J’en ai gardé un réseau, une méthode de travail, et une habitude qui me sert tous les jours : aller vérifier plutôt que répéter ce qu’on m’a dit.

Nos partenaires :

Logo de la Brasserie Toussaint