Les Frères Soulier — Charles et Guillaume, Saint-Hilaire-d’Ozilhan

J’ai rencontré les Frères Soulier pour la première fois en 2015. Ils vinifiaient alors leur premier millésime.

Charles Soulier dans les vieilles vignes du domaine à Saint-Hilaire-d'Ozilhan
Charles dans les vieilles vignes, en hiver.

Charles et Guillaume Soulier ont racheté des parcelles ayant appartenu à leur père, lui-même vigneron. Certaines vignes ont même été plantées par leur grand-père (celle du Coqueyron Haut date de 1964 !). Trois générations sur les mêmes coteaux, et deux frères qui ont décidé d’y faire tout autrement.

Je suis retourné les voir plusieurs fois au domaine depuis et Maison Wino a la chance de faire partie du petit nombre de caves en France à pouvoir travailler avec eux en allocation directe.

Deux frères, deux paysans, aucun compromis

S’il y a une chose que l’on peut dire à propos de Charles et Guillaume, c’est qu’ils ne font aucun compromis. Aucun.

Chacun sa partie, alors que Charles trouve sa place à la cave et aux vinifications, Guillaume, lui, s’occupe un peu plus de la vigne et des animaux.

Charles Soulier dans les vignes du domaine
Charles Soulier.

À la cave, Charles travaille pratiquement sans électricité. Tout se fait par gravité, avec un vieux pressoir bourguignon manuel. Ce n’est pas une posture : c’est un choix qui l’oblige à travailler plus lentement, et qui se sent dans les vins.

Guillaume Soulier nettoyant les barriques du domaine
Guillaume au nettoyage des barriques.

Aux vignes, Guillaume travaille avec les animaux. Une jument participe aux travaux du sol, et un troupeau de brebis apporte la matière organique en mangeant l’herbe dans les parcelles, donc pas besoin de désherbage. Avec le lait, ils font du fromage. C’est tout un système, pas une collection de bonnes intentions : le troupeau nourrit la vigne, la vigne nourrit le troupeau.

La jument de trait qui travaille les vignes du domaine
La jument de trait, au retour du travail.
Le troupeau de brebis entretient l'herbe entre les rangs de vigne
Les brebis entretiennent les rangs tout l’hiver.

Sur le mur du chai, en guise d’enseigne, deux formes de cordonnier jaunes pendent à une potence en fer forgé. Soulier, forcément. Ces gens-là, même s’ils travaillent très sérieusement, ne se prennent pas au sérieux.

L'enseigne du domaine : deux formes de cordonnier jaunes
L’enseigne du domaine.

Laisser la vigne à l’état sauvage

Charles et Guillaume sont volontairement peu interventionnistes à la vigne. Ils considèrent qu’on passe beaucoup trop de temps à rendre une vigne belle à regarder — bien taillée, bien alignée, bien propre — et que ce temps ne sert pas forcément le vin.

Ils préfèrent, dans certaines parcelles, la laisser dans un état plus sauvage. Ils vont même plus loin : des arbres sont plantés au milieu des ceps. De l’ombre, des racines qui travaillent le sol en profondeur, des oiseaux et des insectes qui s’installent — une vigne qui redevient un morceau de paysage plutôt qu’une monoculture.

Vigne enherbée et fleurie au printemps chez les Frères Soulier
Au printemps, l’herbe et les fleurs poussent librement entre les rangs.
Jeunes arbres plantés au milieu des vieilles vignes du domaine des Frères Soulier
Des arbres plantés au milieu des ceps, l’herbe laissée haute. Photo Les Frères Soulier.

La cuvée Minimal pousse cette idée jusqu’au bout : elle est issue de vignes ni traitées, ni labourées, ni taillées. Du raisin laissé à lui-même, presque abandonné. Le résultat est étonnamment vif et pur — c’est probablement une des bouteilles qui raconte le mieux ce qu’ils cherchent.

Faire durer les fermentations

C’est là qu’il faut chercher la vraie particularité du domaine, et ça explique tout le reste.

Charles cherche à ce que les fermentations durent le plus longtemps possible. Une fermentation lente, menée en barrique, extrait davantage, travaille plus finement, et donne des vins nettement plus complexes qu’une fermentation rapide et propre.

Le pressoir bourguignon manuel des Frères Soulier
Le vieux pressoir bourguignon, actionné à la main.

Pour l’obtenir, il travaille beaucoup en presse directe. Moins de contact avec les peaux, donc moins de levures indigènes au départ, donc une fermentation qui s’étire au lieu de partir en trombe.

C’est aussi ce qui explique la place des rosés chez eux. Ce ne sont pas des vins d’été faits pour remplir un rayon en juin : ce sont des vins de presse directe, choisis pour la lenteur qu’ils permettent. Ça change tout à la façon de les boire.

L’oxydation comme signature

C’est leur véritable marque de fabrique, et ce qui rend leurs vins reconnaissables entre mille.

Là où presque tout le monde combat l’oxydation, Charles et Guillaume la cherchent et la maîtrisent. Élevages en barrique sans ouillage — neuf mois sur le Coqueyron Haut, trois ans sur le Blanc Noir 2019. Aucun intrant, aucun sulfite ajouté, ni filtration ni collage.

Il en sort des vins tendus, salins, avec des amers qui rafraîchissent au lieu d’assécher. Ce ne sont pas des vins consensuels. Ils sont un peu hors norme — comme eux.

Charles Soulier avec un verre de rosé du domaine
Un rosé de presse directe, à mille lieues du rosé d’été.

Les cuvées

Blanc Noir

Grenache noir 50 %, grenache blanc 50 % — Vin de France

Un blanc de noirs, littéralement : les deux couleurs sont pressées ensemble, en presse directe.

Le 2019 est le millésime que je recommande en priorité. Un été très chaud, une fermentation interminable, et trois ans d’élevage en barrique sans ouillage avant la mise. C’est la cuvée qui demande le plus de patience au domaine, et ça se paie dans le verre.

Ce que Charles en dit : « Vin de gastronomie, nez sur l’autolyse et une bouche beurrée, salée et amère. »

À réserver à une belle table. Ce n’est pas un blanc d’apéritif.

Coqueyron Haut

Grenache noir 100 % — rosé — Vin de France

La vigne plantée par le grand-père en 1964, sur des sols très sablonneux couverts de galets roulés siliceux, exposée plein nord. Dans le Gard, c’est un choix : c’est ce qui donne à ce rosé sa fraîcheur.

Macération carbonique de 72 heures, à la manière des grands rosés de Tavel. Fermentation en inox, puis neuf mois de barrique sans ouillage.

Ce que Charles en dit : « Vin sur les agrumes et la rose fanée, bouche ample avec des amers rafraîchissants. »

C’est un rosé de repas et de garde, à l’opposé des rosés de piscine. Je le reprends chaque année.

La Clastre

Rosé — Vin de France

Ne cherchez pas d’erreur dans les millésimes. La Clastre 2043, c’est 2020 + 2023. La Clastre 2058, c’est 2017 + 2020 + 2021. Des assemblages de plusieurs années, et un nom qui est une addition.

C’est très représentatif de leur humeur : sérieux dans le travail, jamais dans la posture.

Minimal

Magnum — Vin de France

La cuvée manifeste du domaine. Trois cépages issus de vignes ni traitées, ni labourées, ni taillées — du raisin sauvage, ou abandonné, selon le point de vue. Pressés directement et ensemble, puis neuf mois de barrique sans ouillage et quatre mois de plus en bouteille avant la mise en vente.

Ce que Charles en dit : « Le vin est surprenant, très vif et très pur. »

Uniquement en magnum, et en très petite quantité.

Ping et Pong

Collaborations avec Valentin Valles

Deux cuvées nées d’un échange entre vignerons. Des séries confidentielles, jamais reconduites à l’identique. Quand elles sont parties, elles sont parties.

Disponible à la cave en ce moment

Cuvée Millésime Format
La Clastre 2024 75 cl
La Clastre 2043 · 2058 75 cl
Blanc Noir 2019 · 2021 · 2022 75 cl
Coqueyron Haut 2021 · 2022 75 cl · magnum
Costo Dou Rose 2021 · 2022 75 cl
Prime 2025 75 cl
Sans Titre 2024 75 cl
Les Dessous de la Terre 2019 75 cl
Botrytis 2023 75 cl
Valmal 2022 75 cl
Kayak 2019 75 cl
L’Oume 2023 75 cl
La Constellation des Rivages 2023 75 cl
Les Croses 2020 75 cl
Ping (Soulier × Valles) 2021 · 2022 75 cl
Pong (Soulier × Valles) 2021 75 cl
Vert de Gris 2022 75 cl
Théâtre Magique 2021 75 cl
Vendanges Tardives 2019 50 cl
Rebèche · Minimal · Counoise 2022 magnum

Les stocks sont réels et parfois très courts. Certaines cuvées ne repasseront pas.

Commander

Casse-croûte au domaine autour d'une bouteille
Casse-croûte au domaine, sur une barrique.

Je fais partie des rares caves en France à disposer d’une allocation directe chez les Frères Soulier.

Expédition partout en France — 24,90 € jusqu’à 6 bouteilles, 35,90 € jusqu’à 12, offerte à partir de 350 €. Colis en emballage certifié, assurance casse incluse.

Retrait à la cave — gratuit, à Louveciennes (78). Je vous contacte dès que c’est préparé.

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