Les cuvées collab Maison Wino
Il y a une différence entre vendre le vin des autres et en faire un peu soi-même. Ce n’est pas que le métier est différent, je reste caviste, mais c’est une différence de compréhension : quand on a passé une journée à ramasser, foulé le raisin aux pieds et collé les étiquettes une par une, on ne parle plus tout à fait de la même façon d’une bouteille.
Ces cuvées existent parce que des amitiés ont fini par déborder sur le travail. Elles sont produites en toutes petites quantités, et elles ne sont disponibles que chez nous.

Wino x Inebriati, Pic Saint-Loup
Une rencontre dans un restaurant parisien
J’ai rencontré Victor Beau en 2016, dans un restaurant de Paris où il faisait déguster les vins de son domaine, Inebriati. À ce moment-là, Maison Wino n’existait pas encore et la cave n’ouvrirait que deux ans et demi plus tard. J’étais simplement quelqu’un qui aimait ça. Le courant est passé tout de suite.
En 2017, avec Benoit, on lui propose de descendre donner un coup de main pour les vendanges. Il accepte, et nous embarque au passage dans un trail au pied du Pic Saint-Loup. L’amitié naît dans l’effort, paraît-il. C’est assez vrai.

Après le trail, en t-shirts Maison Wino. La société existait, l’identité visuelle aussi, mais la boutique était encore en travaux.
La parcelle New York
À l’hiver 2018, on repasse au domaine et Victor nous initie à la taille de la vigne. C’est en lui filant un coup de main qu’on tombe sur une petite parcelle appelée New York : de vieux grenaches plantés en gobelet dans les années soixante-dix par son père, Christophe Beau, l’un des pionniers de la biodynamie dans la région. La parcelle est cachée, entourée d’arbres, et le soleil se couchait dessus pendant qu’on y travaillait. On est tombés amoureux.





On demande à Victor ce qu’il en fait de particulier. Rien, répond-il : la parcelle est trop petite pour justifier une cuvée à elle seule, alors les raisins partent en assemblage avec d’autres. Puis il ajoute qu’il verrait bien sa compagne faire un vin avec ces raisins-là.
Et là, du tac au tac, à moitié en plaisantant, je lui dis qu’elle n’aura sans doute pas le temps cette année. Alors que nous, si.
La blague qui n’en était plus une
Quelques semaines plus tard, je lui demande des nouvelles des vignes de sa compagne. La semaine suivante, quand il compte vendanger. Et ainsi de suite, avec une régularité qui a fini par devenir suspecte, jusqu’au jour où c’est lui qui m’appelle : « Bon, blague à part, on la fait cette cuvée ? »
La cuvée Wino x Inebriati était née.

2018, le premier millésime
Rendez-vous est pris pour les vendanges, sur nos jours de fermeture. La parcelle est tardive : on ramasse le 23 septembre 2018, au coucher du soleil, à la fraîche, en tout petit comité. Moi, Benoit, Victor et Hervé Guillard, son associé au domaine.





Les raisins remontent à la cave en quad, passent dans une petite cuve, se font fouler légèrement par mes soins, puis la cuve est inertée au gaz carbonique et fermée pour huit jours de macération carbonique. Nous, on remonte travailler à Louveciennes. Victor s’occupe du reste, et nous apporte des échantillons à chaque salon où l’on se croise.
Le 20 mai 2019, rendez-vous pour la mise en bouteille. On fait ça à l’ancienne, à la tireuse quatre becs, quatre bouteilles à la fois. Je colle les étiquettes moi-même, parce que je ne supporte pas une étiquette de travers : un reste de mon passé de photographe, où l’horizon doit toujours être droit. Et on cire les bouchons avec de la cire fondue dans une vieille casserole.






263 bouteilles, 18 magnums et 3 jéroboams. C’est le seul millésime où l’on a tiré des grands formats, tous les suivants sont en 75 cl uniquement. L’étiquette a été dessinée par nos copains de l’agence Blend, ceux qui ont créé l’identité de la cave. Épurée, graphique, et on peut y lire Wino si on y prête attention.

2019, le millésime qu’on n’a pas fait
On a vendangé, mais trop tard. Le potentiel d’alcool était à 16 degrés, les fermentations se sont compliquées, et le vin n’a pas été utilisé. Ça fait partie du métier, et c’est aussi pour ça qu’on ne promet jamais une cuvée avant de l’avoir goûtée.
2020, la carbo pure
Petite récolte, grosse qualité. Cette fois on part sur une macération carbonique pure, fruitée à souhait. C’est l’année où l’étiquette adopte les couleurs de la cave. On n’a jamais réussi à trancher entre le bordeaux et le bleu gris, alors on a imprimé les deux.

2021, la jarre et le voile
Toujours de petites quantités, les sangliers s’étant fait plaisir sur cette parcelle tardive, mais la qualité est là. Le millésime est plus frais, et des pluies avant vendanges ont fait gonfler les baies.
Après avoir pesé les raisins, Victor nous dit que le jus remplirait exactement une petite jarre de grès géorgienne. Décision est prise d’essayer ce contenant pour l’élevage. C’est aussi ça, l’intérêt d’une collaboration pour un vigneron : pouvoir tenter quelque chose sur une toute petite série.

Pendant l’élevage, Victor attrape le covid et ne redescend pas à la cave pendant plusieurs semaines. À son retour, surprise : un voile s’est développé dans la jarre. Il a donné une oxydation très légère, élégante, presque gastronomique en milieu de bouche. Un délice. On a décidé de ne pas pousser le voile plus loin, et le vin est reparti en cuve inox pour se poser avant la mise.
C’est un millésime que j’adore. Frais, avec une longueur qui ne vient pas du fruit mais d’une jolie tension minérale. La jarre a révélé le terroir plutôt que de le couvrir. Pour l’étiquette, on est partis sur une variante orange, comme la terre cuite, et le O de Wino s’est transformé en amphore.

2022, on change d’exercice
Cette année-là, la parcelle New York ne produit pas. On descend quand même pour les vendanges, et on pioche dans les cuves pour s’essayer à l’assemblage et au vin d’appellation. Résultat : un Pic Saint-Loup, syrah et carignan, plus puissant et plus charpenté que nos cuvées habituelles. Un vin de table au sens noble.

L’essai d’assemblage, syrah et carignan, avant de trancher.
Le cahier des charges de l’étiquette tenait en une phrase : elle devait être belle sur un sweat à capuche. Elle l’a été.


2023, rien
Pas réussi à caler les dates, et la parcelle New York, trop tardive, ne produit plus : elle sert désormais de garde-manger aux sangliers.
2024, le rosé
On pioche à nouveau dans les vendanges, cette fois pour un rosé de presse directe, carignan et syrah. Il n’est sorti qu’en 2025, pour différentes raisons, et c’est la seule de nos cuvées Inebriati encore disponible aujourd’hui. Environ 300 bouteilles.
Voir le rosé Wino x Inebriati 2024 en boutique →

Les étiquettes, millésime par millésime






Toutes portent la même signature : « rêvé, vendangé et embouteillé par Nico & Ben Wino, cavistes naturellement passionnés » et « vinifié par Victor Beau & Hervé Guillard ». Le domaine est certifié bio par Ecocert et en biodynamie par Demeter.
En résumé
| Millésime | Le vin | Production |
|---|---|---|
| 2018 | Vin de France, vieilles vignes 100 % grenache, macération carbonique, 14° | 263 bouteilles, 18 magnums, 3 jéroboams — épuisé |
| 2019 | Non produit | — |
| 2020 | Vin de France, 100 % grenache, macération carbonique pure, 13,8° | environ 200 bouteilles — épuisé |
| 2021 | Vin de France, 100 % grenache, élevé en amphore, 12,5° | environ 200 bouteilles — épuisé |
| 2022 | Pic Saint-Loup, syrah et carignan | environ 200 bouteilles — épuisé |
| 2024 | Rosé de presse directe, carignan et syrah, 13° | environ 300 bouteilles — disponible |
2 et Deux, avec Les Maoù, Luberon
Un salon, puis un autre
J’ai croisé Les Maoù pour la première fois en novembre 2017, à Paris, lors d’une délocalisation du salon Les Vignerons de l’Irréel au Grand 8, à Montmartre. Petit salon, beaucoup de monde : coup de cœur pour les vins, mais pas le temps de discuter.
Ce n’est pas grave, parce qu’en février 2018 on descend avec Benoit à Montpellier pour la tournée des salons du sud. Ce sont des journées marathon où l’on goûte les vins de centaines de vignerons en trois jours. Il y a des stands devant lesquels on passe, et d’autres où l’on s’attarde parce que quelque chose se passe.
Le tonneau d’Aurélie et Vincent Garreta, au salon Les Anonymes, a été de ceux-là. Grands sourires, accent qui chante, passion pour ce qu’ils font, jolies étiquettes, petits prix et gros canons : le combo gagnant. On a discuté longtemps, et on savait déjà qu’on ferait un bout de chemin ensemble. On travaille leurs vins dès l’ouverture de la cave.

Le déclic, au dernier rang
Juillet 2019, festival BIM! à Vallabrix, dans le Gard. J’étais descendu seul, pour déguster et pour tenir le stand de l’application Raisin. La veille de la dégustation, il y a des conférences puis un concert.
On se retrouve avec Aurélie et Vincent à une conférence de Jason Ligas sur les alternatives au cuivre. Ambiance de dernier rang au collège : on est dissipés, on n’écoute pas vraiment, on préfère faire des blagues et ricaner dans nos barbes. La soirée est lancée.
Des restaurateurs venus de toute la France font à manger, la musique rythme le reste. On parle de tout, de nos familles. À un moment je parle de ma femme et de mes enfants. Aurélie a l’air interloquée, je ne remarque rien. Un peu plus tard, Vincent vient me voir, amusé : « Auré est dégoûtée, elle pensait que Benoit et toi étiez en couple, et elle trouvait que vous alliez très bien ensemble. » Fou rire général. J’étais flatté.
C’est ce soir-là, dans la bonne humeur, que je tends la perche : je leur raconte la collaboration avec Victor et je propose qu’on fasse la même chose un de ces quatre. Puis j’ai laissé germer.
En septembre suivant, on passe les voir au domaine après avoir vendangé chez Victor. Ils sont en pleines vendanges, on leur file un coup de main, et j’enfonce le clou : « L’année prochaine, si on revient vous aider, ce sera pour vendanger notre collab. » Rendez-vous était pris pour septembre 2020.



Une autre méthode
Les Maoù n’ont pas de petites parcelles que l’on peut « s’approprier », alors on invente autre chose. On vient vendanger, on utilise le raisin ramassé ce jour-là pour notre cuvée, et je redescends en hiver piocher dans leurs jus pour assembler avec ce qu’on a déjà.
Ce premier jour, on ramasse du cinsault et de la clairette rose, dans une bonne humeur teintée de covid : tests la veille, pas de masques, mais un lavage de mains fréquent grâce à une bonbonne d’eau et un savon trimballés dans les vignes.







Les raisins sont vidés dans une cuve béton rouge. On écrit notre nom à la craie dessus et on pose fièrement devant. La cuvaison sera courte, quatre à cinq jours, pour faire une cuvée de soif.




Le 6 avril 2021, je redescends dans le Luberon pour l’assemblage. On n’a encore ni nom ni étiquette, mais le vin est né.

Le nom, et le texte écrit à minuit
C’est Naima, la graphiste qui signe toutes les créations des Maoù, qui se charge de l’étiquette. On lui raconte l’histoire de ces deux cavistes et de ce couple de vignerons, avec une consigne : rester dans l’univers et le travail typographique des autres étiquettes du domaine. On a adoré le résultat, et le nom.
2 et Deux : deux vignerons, Aurélie et Vincent, et deux cavistes, Benoit et moi. Sur l’étiquette, un dé montre la face du deux, et le nom des deux maisons se lit à la verticale, en noir et en rouge.

La veille de l’impression, coup de pression : quel texte mettre au dos ? C’est tard dans la soirée, en urgence, que j’ai pondu celui-ci.
Aurélie et Vincent : deux paysans vignerons qui cultivent la vigne avec amour et sans chimie. Nico et Benoit : deux cavistes engagés qui rêvent de faire du vin. D’une amitié et de quelques soirées arrosées est née l’idée de cette cuvée. Les raisins, vendangés à la main par les protagonistes, ont fermenté grâce à leurs propres levures. Vinifié sans artifice, le vin reflète la bonne humeur de ses créateurs.
Wino un jour, Maoù toujours !





Le vin est mis en bouteille au domaine par le GAEC Les Maoù, à Saint-Pantaléon dans le Vaucluse. Vin de France, 13 degrés, 75 centilitres.
Cinq millésimes
Depuis, on fonctionne de la même façon chaque année : une micro-production d’environ 300 bouteilles, et toujours la même trame, un vin de soif qui a du fond mais pas de tanins. L’assemblage, lui, change à chaque millésime.
| Millésime | Assemblage |
|---|---|
| 2020 | Grenache, cinsault, clairette |
| 2021 | Grenache, carignan, clairette |
| 2022 | Grenache, alicante, carignan, clairette |
| 2023 | Syrah, carignan, clairette, grenache |
| 2024 | Grenache, alicante, carignan blanc, clairette |
On n’a pas pu descendre vendanger en 2024 ni en 2025. Aurélie et Vincent ont travaillé pour nous et on a fait ça à distance. Le vin est bon, mais c’est moins drôle, et surtout on ne peut pas trinquer ensemble.
Il reste un peu de 2024. Pour le 2025, on verra : peut-être qu’on fera l’impasse, justement parce qu’on n’était pas là.
Voir le 2 et Deux 2024 en boutique →

Ce que ça a donné en rayon
Je ne m’attendais pas à ce que ces bouteilles marchent aussi bien. J’imaginais un plaisir d’abord personnel, une histoire à raconter au comptoir. Ça a été beaucoup plus que ça.
Les gens ont aimé les vins autant que l’histoire, et surtout ils sont revenus. Ce n’étaient pas des achats d’occasion, des curiosités qu’on essaie une fois : les clients en reprenaient, et ils les faisaient découvrir autour d’eux. « Regardez, mes cavistes font leurs vins ! » J’ai entendu cette phrase plus d’une fois, et elle me touche toujours autant.
Un habitué m’a même dit que l’Inebriati 2020 était, à cette époque, le meilleur rapport qualité-prix de la cave. Venant de quelqu’un qui a goûté à peu près tout le rayon, c’est le genre de compliment qu’on n’oublie pas.
C’est aussi pour ça qu’on continue, et qu’on continuera tant que les copains seront partants.

Envie de goûter ? Le rosé Inebriati 2024 et le 2 et Deux 2024 sont en boutique. Pour les millésimes épuisés, il reste parfois une bouteille au fond de la cave : demandez-moi.
